Qu'est-ce que Great Baikal Trail ?
Great Baikal Trail est une jeune organisation non gouvernementale Russe créée en 2005 pour la protection de l’environnement et le développement de l’écotourisme, plutôt que des industries, dans la région du lac Baïkal. Sa création s’est faite en association avec le Tahoe-Baikal Institute, lui-même créé en 1990, qui a mené pendant dix sept ans un programme reconnu mondialement impliquant la collaboration de plusieurs pays ainsi que le volontariat international pour la préservation du lac Baïkal.
GBT est très liée au Muséum de la Nature d’Irkoutsk, un musée historique près de la rivière Angara. Celui-ci s’occupe de recevoir les personnes arrivant dans la région du Baïkal pour aider à sa protection. Ses collections présentent la faune du Baïkal et ses principales zones d’intérêts, notamment deux parcs nationaux et trois réserves naturelles, dont l’une est la plus ancienne en Russie.
La naissance de cette association part du constat suivant : il y a quinze ans, il était très difficile pour les touristes de marcher autour du lac, et particulièrement à cause du caractère très sauvage de la nature environnante. L’idée était donc à l’époque de créer un circuit de pistes autour du lac, à l’image de celui qui existait déjà autour du lac Tahoe dansla Sierra Nevada (USA). Toutefois le travail envisagé était aussi d’une très grande ampleur, puisque le lac Baïkal fait près de 100 fois la taille du lac Tahoe, avec près de 700 km de long pour 80 km de large.
Interview de Vladimir Khidekel de Great Baikal Trail
Quelles sont les origines géologiques du lac Baïkal ?
Le lac Baïkal, allant jusque 1640 mètres de profondeur, au large de l’île d’Olkhon, est en réalité une faille tectonique remplie d’eau douce. La principale rivière qui en sort est l’Angara sur la côte ouest, et le principal affluent est la Selenga sur la côte est. Son embouchure se distingue au premier coup d’œil sur une carte de la région en laissant apparaître un immense delta et une zone centrale du lac de profondeur très inférieure aux autres parties du lac : les sédiments ainsi charriés et déposés tendent à couper le lac en deux, les scientifiques estimant qu’en l’absence de ces dépôts le lac pourrait mesurer jusqu’à 4km de profondeur ! Le rift Baïkalien est responsable d’un élargissement du lac de près de 2cm par an, ce qui avec d’autres indices conduit à formuler l’hypothèse que celui-ci serait un futur océan, dans quelques millions d’années. A ce rythme, le lac Baïkal sera aussi large que la mer Méditerranée … dans 190 millions d’années ! Cette activité géologique intense se traduit également par une centaine de tremblements de terre quotidiens de faible intensité, détectables pour l’immense majorité avec des appareils de mesures spécifiques seulement.
Pouvez-vous vous présenter vous-même ainsi que l’organisation GBT pour laquelle vous vous investissez ?
GBT a été créée en 2005 alors que plusieurs personnes décidaient de construire un réseau de pistes sûres autour du lac Baikal sur des routes populaires qui existaient déjà.
Je suis moi-même chercheur dans le département Nature du muséum régional d’Irkoutsk d’études et aussi coordinateur du programme d’éducation de Great Baikal Trail. Je suis aussi professeur dans une station régionale. En connectant toutes les différentes ONG et muséums, nous étudions de grands projets de GBT qui traitent du développement écologique et environnemental de la région du Baïkal à la place du développement industriel.
Dans le futur, j’aimerais participer à ce projet en tant que personne qui puisse coordonner les différentes ONG. Le musée peut être la base de cette coordination de telle sorte que les nombreuses personnes qui viennent à Irkoutsk aient assez d’informations sur cette organisation pour s’investir au maximum pour le Baïkal.
Vous parlez de coordination de différentes ONG. Quelles sont ces associations – organisations - travaillant ensemble à la préservation du lac ?
Pour le moment, je vous parlerai des organisations plutôt connues dans la région du Baïkal qui travaillent pour le lac Baikal. Il y a déjà 17 ans existait le programme Tahoe-Baikal Institute œuvrant pour le lac ; je pense que c’est le plus ancien programme ici dans cette zone bien que peu de gens en soient au courant. L’organisation Baikal Wave existe depuis 15ans - c’est aussi la plus vieille organisation à Irkoutsk - et traite d’informations de terrain autour du lac Baïkal, en particulier en éducation et information environnementale sur le lac. Des spécialistes de cette organisation tentent d’apporter cette information aux gens et aux sociétés dans la région du Baïkal. La plus jeune, mais néanmoins plutôt populaire et connue parmi les étudiants et certains volontaires internationaux de différents âges et de différents pays, est l’organisation Great Baïkal Trail qui vient de Great Baïkal Trail Project. L’idée de Great Baikal Trail Project était assez ancienne, et existait déjà avant que l’organisation ne soit créée. C’est le même nom mais c’est un peu différent. Great Baikal Trail Project signifie que différentes organisations peuvent participer à ce projet et faire des pistes suffisamment sûres pour les gens. Et l’organisation Great Baikal Trail peut préparer de jeunes leaders étudiants pour cette organisation pour des groupes qui construiront ces pistes. Je pense que le développement d’un réseau de pistes sûres dans la région du Baikal est important aujourd’hui pour populariser cette zone, d’une part pour attirer les touristes, pour l’écotourisme, et pour le tourisme scientifique, et d’autres types spécifiques de tourisme dans cette région. Car la sécurité est la première question quand vous allez quelque part. C’est la première question. A quel point l’endroit est sûr, ce que l’on peut y faire. C’est une vraie alternative au développement industriel de la région et j’espère que cela apportera davantage d’investissements pour l’économie ici.
Vous dites donc que vous recherchez une alternative au développement économique de cette région mais j’imagine que c’est très difficile de rivaliser avec le développement industriel par le tourisme. Le premier rapporte énormément de profits, et comme toujours les gens sont plus intéressés par l’argent. Donc quels sont les arguments que vous avez ?
Oui, cela est une grande question parce que c’est difficile de prouver à la plupart des gens que les investissements dans l’écotourisme peuvent être plutôt élevés dans telle ou telle région. Donc on verra avec le temps, de toute façon.
Mais je pense que si vous prenez en compte cette ressource et essayez d’en tirer un profit, cela sera plus utile de l’utiliser pour l’écotourisme et comme une zone de loisir pour des gens du monde entier, plutôt que simplement prendre de l’eau ou d’autres minéraux du sol ou la forêt pour le commerce. Bien sûr le développement industriel peut rapporter de l’argent plus rapidement que le celui de l’écotourisme. Mais c’est tout de même dommageable pour l’écosystème. Si vous pensez rationnellement et si vous pensez à l’avenir, ce n’est pas la façon de faire dans cette région. Le principal aspect est le caractère unique de l’écosystème du lac Baïkal.
Et avez-vous quelques exemples de succès de développement de l’écotourisme plutôt que de sites industriels au cours des dernières années, ou est-ce trop nouveau pour l’observer ?
C’est difficile de répondre à une telle question. Mais, malheureusement, nous n’avons pas encore mis en œuvre un grand nombre de systèmes de tourisme donc nous ne pouvons nous fier qu’à des opinions de spécialistes ou des gens qui travaillent dans ce domaine. Je pense qu’au moins l’écotourisme à déjà rapporté quelques profits aux gens qui ont des hôtels Bed & Breakfast sur la côte du lac Baïkal. C’est un processus plutôt visible. Mais pour d’autres processus qui entrent en compte, nous avons besoin de statistiques : combien de gens ont été attirés dans la région, la ville d’Irkoutsk par exemple, combien de gens utilisent les lignes d’avions ou de train pour voyager jusqu’ici. (…)
La principale question est sur la rive. En particulier en ce qui concerne les eaux du lac Baïkal, nous devons développer des infrastructures plutôt modernes et de très bonne qualité qui soient en adéquation avec l’environnement et moins dommageables que celles que nous avons actuellement. Un exemple assez célèbre est l’usine de cellulose du Baikal – vous en entendrez bientôt beaucoup parler. Du temps de l’Union soviétique quand l’économie était une économie générale - décidée à Moscou même pour toutes les autres villes, les dirigeants pointaient parfois simplement un endroit sur une carte en disant « ici il y aura une usine », « ici il y aura une autre usine ». A cette époque, il n y avait pas de système de surveillance ou d’expertise écologique des sociétés industrielles. C’était juste une opinion du gouvernement qui était à Moscou, pas sur les côtes du lac. Alors qu’aujourd’hui, la plupart des sociétés qui s’installent ici autour du lac ont conscience de leur environnement et viennent avec les meilleures technologies pour les infrastructures de l’écotourisme. Les sociétés souhaitant s’installer ici devraient donc utiliser des technologies modernes bien qu’elles soient assez chères. Mais nous prenons en compte de toute façon tous les projets, toutes les propositions, et les analysons à la lumière d’une expertise écologique. Grâce à Dieu, une telle structure existe maintenant qui puisse expertiser chaque projet et évaluer les dommages à l’écosystème avec telle ou telle méthode.
Nous avons pu voir de nombreux détritus sur le bord des routes, dans les agglomérations, sur les plans d’eau, qui sont naturellement une source de pollution importante. Est-ce qu’il existe un plan d’action pour remédier à ce problème ?
Nous aurons des usines spécifiques pour le recyclage des déchets. Ce sera la chose la plus efficace ici dans cette région parce qu’aujourd’hui il y a beaucoup de poubelles, d’empilements de détritus - même sur la côte du Baïkal. Mais la question la plus difficile est « comment emmener toutes ces poubelles aux usines ». C’est un processus assez compliqué parce que nous avons besoin ici de programmes d’éducation solides à propos du recyclage avec les écoles et les enfants. La question du stockage – comment et où – ainsi que du tri se pose également. Et une chose de plus, je pense que ces usines de recyclage pourront aussi employer des familles pauvres des villages (…). Ce n’est qu’un exemple mais que vous pourriez voir appliqué partout.
Est-ce qu’il existe dans les écoles des programmes de sensibilisation, d’éducation écologique ?
Pour autant que je sache, notre organisation enseigne l’écologie à l’école, mais les deux dernières années cette activité écologique a diminué. Car certaines écoles abandonnent ces sujets ou les remplacent par d’autres sur la sécurité. Je pense que ce n’est pas un bon processus aujourd’hui et pour autant que je sache il n’existe pas actuellement pour les enfants de programme spécial - officiel - qui inclut ne serait-ce que cette question, comment stocker les poubelles et où les emmener. Parce que cela devrait déjà faire partie de la culture de toute civilisation - où emmener les déchets - non ?
Pouvez-vous nous en dire plus sur ce programme d’éducation des enfants mené par Great Baikal Trail ?
Le fait est qu’aujourd’hui l’influence de GBT sur le gouvernement n’est pas aussi importante que nous le souhaiterions. Nous avons quelques soutiens, des financements de la ville pour certains projets - pour sa restauration, pour des parcs, des zones - mais ce n’est pas le financement du vrai programme. C’est assez compliqué de démarrer un tel programme dans chaque école, uniquement avec l’engagement d’étudiants de GBT. Bien sûr nous pouvons développer ce programme et préparer des étudiants à travailler avec les enfants man effet sera assez faible, même pour une ville. Nous pouvons fournir cette éducation uniquement pour cinq, peut-être dix écoles, si le gouvernement nous soutient à ce niveau. Aujourd’hui nous n’avons qu’un petit local pour notre club étudiant, une unique pièce que nous appelons bureau (rires). Dans ce petit carré de 8m2 environ, vous pouvez rencontrer jusqu’à quarante personnes à une seule table, réfléchissant à ce programme d’éducation. De telles conditions sont assez mauvaises pour le développement de ce programme (…).
Est-ce que vous pensez que le gouvernement russe prête attention à l’écologie ? Est-ce qu’il est difficile pour les scientifiques de se faire entendre ?
Je pense que nous avons une surveillance de certaines espèces, mais pas toutes car ce serait assez compliqué et difficile. Mais un autre problème est comment prouver telle ou telle tendance dans la vie sauvage, est-ce ou non un vrai argument pour le gouvernement maintenant. Malheureusement au cours des vingt dernières années de perestroïka, le gouvernement a surtout prêté attention à l’économie, malheureusement pas à l’écologie ou aux relations entre écologie et économie. Ce processus a plutôt mal influencé la science et la recherche scientifique, de nombreux instituts ont été démantelés, des systèmes de surveillance installés avant la perestroïka ont été endommagés. Il n’y a que peu de groupes de scientifiques ou spécialistes que vous puissiez rencontrer autour du lac Baïkal qui puissent parler de telle ou telle espèce et de leur dynamique au cours du temps. Quand vous attendez une réaction du gouvernement, il vous faut une méthode particulière qui sera officielle, même pour une expertise écologique. Elle dira à un niveau officiel que nous avons besoin de faire quelque chose maintenant avec tel ou tel écosystème ou nous le perdrons. Ce mécanisme n’est pas assez développé. Les scientifiques font du bon travail mais il leur est parfois impossible d’apporter les preuves demandées par le gouvernement, parfois ce dernier ne veut entendre aucun scientifique, à cause de l’économie.
Le Nierpa est un phoque d’eau douce propre au Baïkal, une espèce endémique et fortement symbolique. Est-ce qu’il existe une surveillance de sa population ?
En ce qui concerne la moitié sud du lac, certains scientifiques et spécialistes regardent et évaluent le Nierpa - le phoque du Baikal - mais cette surveillance, pour autant que je sache, n’est pas régulière. Car il n’y a pas d’argent pour les expéditions, pour le comptage, donc c’est une surveillance irrégulière. Mais nous devrions contrôler la population du Nierpa parce que, pour autant que je sache, si elle est trop haute il y aura des dommages à cause de maladies ; et si elle est trop faible à cause de la chasse, nous pouvons aussi perdre cette population. C’est une espèce unique et endémique, une des dernières espèces de phoque d’eau douce au monde.
Avez-vous entendu parler d’une augmentation de la température du lac de 1,5°C ?
La question est plutôt « comment change la température plus 4°C de tout le lac ». Si elle change de 1,5°C, le lac sera à 5,5°C au lieu de 4°C, de nombreuses espèces mourront parce que certaines d’entre elles ne peuvent survivre que dans une fourchette très étroite de température, par exemple entre +4°C et +4,2°C. Par exemple, le Golomianka - c’est assez difficile d’évaluer la population de ce poisson - sera obligé de vivre dans une eau à +6°C au lieu de +4°C dans laquelle ils vivent habituellement, ce serait un problème.
Un barrage a été construit sur la rivière Angara, le principal effluent du lac, il y a une cinquantaine d’année, qui aurait entrainé une montée du niveau du lac de 1m50. Est-ce que ce changement a eu un impact sur les populations de poisson ?
Le fait est que, lorsque le barrage sur la rivière Angara a été construit, le niveau du lac s’est élevé de 1,5m. D’après ce que nous savons à ce sujet aujourd’hui, l’écosystème des pierres et des plages sableuses a été détruit par la montée des eaux, et des zones de faible profondeur sont devenues profondes. Et pour certaines espèces de poissons, la hauteur d’eau est un élément essentiel pour leur reproduction. Nous considérons qu’à cause de la construction de ce barrage, nous avons perdu une partie des écosystèmes sur les rives du lac, mais pas dans le lac lui-même.
La montée des eaux a donc eu un effet important sur les populations de poissons. Mais y-a-t-il eu également une répercussion sur les oiseaux migrateurs qui viendraient se poser dans le lac ?
Je pense qu’il s’agit de la même question, si les oiseaux avaient pour habitude de nidifier sur les bords du lac, dans des zones submergées par la montée des eaux. Ces écosystèmes ont pu être détruits de la même manière (…).
Quelles ont été les conséquences de la construction du barrage en amont de celui-ci ?
En raison du niveau des eaux, un grand nombre de conséquences se situeront sur la partie de la rivière Angara comprise entre le lac et le barrage lui-même à Irkoutsk. De larges parcelles de terres ont été inondées. Lorsque ce processus a démarré, de nombreux problèmes se sont posés avec le bois resté au fond de la rivière, les villages engloutis, les animaux morts, les cimetières submergés, tout était noyé. Il semble qu’il y ait eu une pollution organique assez importante au cours de cette période, mais aujourd’hui celle-ci s’est résorbée. C’était il y a presque 50 ans. Les rives de la rivière ont été plutôt détruites, mais un autre écosystème s’est déjà développé dans ces zones. Aujourd’hui, les écosystèmes détruits au bord de la rivière ont été remplacés par de nouveaux. (…).
Pourrait-on établir un modèle des conséquences écologiques de la construction d’un barrage, à partir de l’expérience du barrage construit sur l’Angara il y a 50 ans ?
C’est comme un laboratoire naturel dans lequel on aurait réalisé cette expérience. Donc aujourd’hui nous pouvons utiliser ces données scientifiques, récoltées par les scientifiques lors de ce processus, pour la construction d’autres barrages dans le monde entier, et essayer de construire un modèle pour déterminer quelles seraient les conséquences de la construction d’un barrage. Toutefois cela pourrait être aussi assez spécifique, car cela dépend de l’endroit où est construit le barrage. Je pense qu’aujourd’hui, grâce aux résultats de ce type d’expérience dans la nature, les scientifiques ont suffisamment de données pour approuver ou désapprouver tel ou tel projet. C’est un exemple vraiment intéressant pour toute expertise écologique pour chaque construction de barrage.
Est-ce que l’eau du lac est polluée par l’activité humaine, par les fermes ou les habitants des villes? Est-elle de bonne qualité ?
Même avec la population actuelle de Irkoutsk Oblast - la région d’Irkoutsk - c’est difficile, je pense, de polluer un lac aussi immense. Imaginez un cube de 1km de côté, cela représente 23 000 km d’eau de rivière. Donc, bien sûr, toute la pollution organique qui entre dans le lac, à cause des gens, des animaux, et même des plantes, devrait être éliminée par tous les complexes d’organismes filtreurs. Le Baïkal a un filtre naturel grâce aux Copépodes (de petits crustacés), différentes tailles de bactéries et d’éponges. Et tous ces organismes filtrent l’eau du lac 2 à 3 fois par an, tout ce volume d’eau, c’est difficile à imaginer. Cet écosystème du lac est assez stable.
Beaucoup de discussions ont eu lieu à propos de la construction d’un pipeline, peut-être il y a un an, à proximité du lac Baïkal, quand grâce au gouvernement le président a décidé de déplacer le pipeline quelque part à 400km des lignes de partage des eaux du lac. Des spécialistes avaient conclu que s’il y avait un accident avec le pipeline, et que du pétrole se déversait dans le lac, même un tel volume de pétrole pourrait être éliminé – recyclé - par le lac, mais 3 ou 4 fois seulement.
Aujourd’hui je pense que l’eau est de toujours de toute première qualité, et certaines personnes l’utilisent sans aucun filtre, en particulier les riverains. L’eau de la rivière Angara provient directement du lac Baïkal, et nous avons bien sûr ici plusieurs systèmes de traitement de l’eau pour les gens, avec du chlore, peut-être de l’ozone, et d’autres gaz, pour être sûrs qu’aucune bactérie ne survive dans l’eau. Car depuis le lac, il y a 60 km avec des villages, de fermes, mais même dans ce cas qui peut produire beaucoup de pollution organique, nous avons toujours une eau propre dans la rivière Angara. Aujourd’hui l’index de bactérie ou d’Escherichia Coli est plutôt bon, et l’eau peut-être bue directement sans aucun filtre. Donc maintenant la qualité de l’eau est plutôt stable.
En hiver, tout est gelé, où prélevez-vous l’eau dans l’Angara ?
Les conduites d’eau partant de l’Angara vers la ville sont assez profondes. Il existe certains projets à Angarsk de mettre ces conduites plus profondément sous le fond de la rivière, pour prélever l’eau souterraine. La glace sur le lac peut être plutôt épaisse, jusqu’à 1m20, celle sur la rivière l’est un peu moins. Mais dans certaines parties de l’Angara, et en particulier à l’embouchure de la rivière Angara sur les bords du Baïkal, l’eau n’est pas gelée parce que cette immense masse d’eau, même si elle est à la même température +4°C que le lac, s’écoule dans la rivière.
Quelles sont les critères pour définir la qualité de l’eau ?
Il existe des index de pollution de l’eau, des index bactériens, quelques petits animaux, et aussi des analyses chimiques. Ce sont des critères pour la qualité de l’eau. Et durant la période de l’Union Soviétique, les scientifiques ont développé des standards pour les limites de concentrations acceptables, qui sont environ 10 fois inférieures aux seuils de toxicité pour l’homme. Depuis les bords du lac, vous pouvez mesurer et comprendre que la quantité d’espèces est un peu différente de la moyenne du lac, d’autres critères de l’eau changent également.
Y-a-t-il des ressources minérales ou différents métaux sous le lac ou autour de celui-ci, qui à cause de leur importance économique pourraient mettre en danger le Baïkal ?
Je ne suis pas un très bon géologue, mais je pense que c’est le cas. Car dans le passé, il y avait des marchands, des chercheurs d’or, des mines existaient dans cette région, on cherchait des minéraux. Et je pense que ces ressources sont présentes dans le lac et autour de celui-ci. C’est pourquoi c’est aussi attirant pour les compagnies industrielles de s’installer dans ces zones, même non éloignées du lac, pour prélever des minéraux ou d’autres ressources.
Vous êtes d’accord si je dis que toutes ces considérations sur les aspects environnementaux du lac sont assez nouvelles, parce que vous avez dit que le Tahoe-Baikal Institute a été créé il y a seulement 17 ans. Il y a 20 ans, il n’y avait pas cette conscience environnementale pour le lac Baïkal, ni l’idée d’une pollution potentielle ?
Le pic d’activité écologique fut dans les années 1980. Les gens ont compris, en particulier dans les grandes villes, que cela pourrait être un gros problème dans le futur si nous ne prêtions pas attention à nos problèmes écologiques. Et ici, dans la région d’Irkoutsk, pour autant que je sache, cette activité a commencé assez fort puis après six ans elle s’est calmée parce que la Perestroïka avait commencé, en 1985. La Perestroïka a été le changement économique du pays de l’Union Soviétique (…).
Vous pensez que l’écotourisme permettra de développer la région du lac Baïkal tout en préservant son environnement ?
C’est difficile de développer cette zone uniquement comme une zone d’activité industrielle. Cela n’a pas de sens. Nous essayons donc de développer des contacts avec différents pays de telle sorte que les gens puissent venir et utiliser ces « ressources de loisirs », parce qu’une zone de loisir est aussi une immense ressource. (…). Ils veulent aller au contact de la vie sauvage, dans la nature, et ils ont aussi besoin d’un accès sécurisé là-bas. C’est ce que nous essayons de faire.
Ceci sera ma dernière question. Quels sont vos espoirs et vos craintes pour le futur du lac Baïkal ?
C’est une question difficile. J’espère [rires], dans le futur, que le tourisme sera bien développé ici, et en particulier l’écotourisme. Ce type de tourisme devra être contrôlé par le gouvernement comme d’autres structures, et même des structures commerciales qui seraient impliquées dans le développement d’activités récréatives. J’espère qu'un jour viendra un système efficace de transfert de l' argent du business au gouvernement ou aux services/structures de la nature, aux parcs « récréatifs », à la réserve Baikalski, ou à d’autres réserves, de telle sorte que le processus de récupération du précédent écosystème avant le tourisme soit possible. Nous avons maintenant un modèle de mécanisme chez GBT que quelques personnes suivent déjà. Par exemple pour les touristes venant pour un Bed & Breakfast sur les bords du lac Baïkal, les gens qui les reçoivent peuvent reverser une partie de l’argent à GBT de telle sorte que GBT puisse s’occuper de développer ces régions, mettre en place des programmes d’éducation pour les enfants, et aussi construire des pistes sûres. Ce n’est qu’un petit modèle mais il marche. Nous pouvons déjà voir et sentir le mécanisme et il y a vrai petit effet. Cet effet va augmenter au fil des années, et dans 10 ou 15 ans, nous aurons une meilleure génération, j’entends par rapport à leur comportement avec la nature. C’est uniquement un modèle au niveau d’une seule ONG. Si ce modèle fonctionne au niveau du gouvernement, l’argent servira à l’objectif de restauration de la nature, ce serait parfait. Ceci est mon espoir. Mais la route est longue, je pense.
Quelle est l’autre question que vous m’avez posé ?
Que craignez-vous pour le futur du Baïkal ?
Ce que je crains ? Pour le moment je n’ai pas de crainte, parce que je vis en Russie, donc c’est difficile d’avoir peur [rires], vous ne savez pas ce que sera le jour suivant [rires].(…) Il faudrait qu’un président stupide ou une personne stupide du gouvernement fasse pression pour tel ou tel projet non-environnemental. Le plus grand danger vient du plus grand pouvoir qu’est l’argent. J’espère que le bon sens [rires] sera plus fort que l’argent.
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