L’additif SNOMAX(TM) améliore le rendement des canons à neige

Les professionnels de la montagne l’affirment, depuis une quinzaine d’année les chutes de neige se raréfient. En effet, au fil des années, les stations de ski ont enregistré une diminution significative de leur enneigement : en hiver la nature rechigne de plus en plus à faire tomber la neige.
La raréfaction de l’or blanc est lourde de conséquences pour les stations : des saisons réduites, une fréquentation limitée entraînent des problèmes économiques importants : faillite du commerce et de l’hôtellerie, licenciement, chômage… L’hiver dernier de nombreuses stations n’ont pas eu l’occasion d’ouvrir les pistes plus d’une ou deux semaines. Ce fut le cas d’Habère-Poche ou d’Abondance, toute les deux situées à moins de 1200m d’altitude. Les stations installées sur les hauteurs (plus de 1500m d’altitude) comme Avoriaz, la Plagne ou les Arcs ont tout de même réussi à sauver leur saison mais à quel prix…

L’installation massive de canons à neige dans l’ensemble des stations européennes fut la principale réponse des directions techniques des stations. Les canons à neige sont délicats à installer en montagne et onéreux. Les processus de fabrication de la neige sont cependant parfaitement maîtrisés et très efficaces. Très simplement : un mélange eau/air à basse température est propulsé sous pression, l’eau sort à toute vitesse des canons sous forme de micro-gouttelettes qui retombent au sol, cristallisées en neige grâce au froid hivernal.

Mais très vite, ces techniques classiques de nivoculture n’ont plus suffit. En effet, non seulement il y a moins de neige l’hiver mais en plus il y fait chaud, beaucoup plus chaud qu’à l’époque de l’installation des premiers canons. A tel point que certains massifs montagneux, très bien équipés, ne peuvent plus produire le moindre flocon artificiel simplement parce que les températures chutent trop rarement au dessous de 0°C, température maximale de formation des cristaux de glace.

Divers innovations sont venues perfectionner les techniques de l’enneigement artificiel : l’ajout d’additif en est une. L’additif le plus utilisé est distribué par le numéro un de la nivoculture la société York Snow, il s’agit du très controversé Snomax et ses hypothétiques effets sur la santé et l’environnement font l’objet de la suite de cet article.

Produire de la neige lorsque la température extérieure monte jusqu’à 4°C c’est possible grâce au Snomax. Pour comprendre son mode d’action, original, une analyse de sa fabrication et de sa composition est indispensable.

n 1975, Steven Lindow, chercheur à l’université du Wisconsin (USA) découvre une protéine dotée d’une activité étonnante : l’enzyme oriente les molécules d’eau et favorise leur cristallisation. Cette enzyme, dénommée INA (Ice Nucleating Activity) se trouve dans la membrane de Pseudomonas syringae, une bactérie vivant naturellement sur les feuilles des végétaux. Le pouvoir cryogène de la protéine est ainsi mis à contribution dans la lutte contre le manque de neige en constituant le principe actif du Snomax.

Mais le produit n’est en fait pas exclusivement composé de la protéine INA. Il est fabriqué aux USA par Genencor International Inc. qui détient le monopole de la fabrication. La souche 31a de Pseudomonas syringae est cultivée en milieu liquide dans d’immenses fermenteurs. Puis les bactéries sont lysées, la suspension est lyophilisée, la poudre résultante est agglomérée en granules. Pour finir, le produit est stérilisé aux rayons X de façon à tuer les bactéries survivantes sans dénaturer les protéines, opération indispensable pour conserver l’activité INA. Le Snomax est donc un concentré de lysat bactérien mais aussi de milieu de culture déshydraté.
L’agent nucléateur Snomax est mélangé à l’eau envoyée dans les canons, il permet ainsi de produire de la neige même si il ne fait pas assez froid.
Et c’est bien parce que cet adjuvant provient d’une bactérie qu’il suscite des polémiques parmi les écologistes.

En effet, l’épandage massif d’un agent biologique et de son milieu de culture dans l’environnement ne pourrait il pas avoir des conséquences sur l’équilibre écologique ? Et qu’en est il de la santé des personnes manipulant de Snomax et celles exposées aux panaches des canons ? A la demande du fabriquant et des stations, plusieurs études ont été menées dans différents pays afin de mesurer l’impact de l’emploi de cet additif sur la santé et l’environnement.
Une étude traitant de l’impact du Snomax sur la santé a été réalisée en 1990 par le NIOSH (National Institut for Occupational Safety and Health) dans une station du Nouveau-Mexique (USA). P syringae est une bactérie Gram négatif, elle possède ainsi dans sa membrane une endotoxine, le lipopolysaccharide (LPS) qui, inhalé ou ingéré, provoque des réactions inflammatoires. Rien ne justifie que le processus de fabrication du Snomax inactive le LPS. Les auteurs ont donc décidé de se concentrer sur cette endotoxine en cherchant à apprécier l’exposition des employés du domaine skiable (pisteurs, agents chargés de la fabrication de la neige) en mesurant les concentrations de LPS dans les poussières atmosphériques et les panaches des canons. Les résultats obtenus par l’équipe du NIOSH respectent une certaine logique : de faibles quantités de LPS sont trouvées dans l’air ambiant mais les concentrations de toxine relevées dans les aérosols sont énormes. Le panache du canon à neige est donc un lieu à risque en ce qui concerne l’inhalation des toxines. Cependant, l’investigation menée par l’équipe américaine, ne peut clairement mettre en lumière les conséquences à long terme de l’exposition des personnes du fait de la brièveté des mesures : seulement trois jours !

L’impact du Snomax sur l’environnement a été étudié par l’équipe de Françoise Dinger du CEMAGREF de Grenoble en coopération avec l’INSA de Lyon et l’Université de Turin (Italie). Cette étude visait à vérifier l’action de l’agent cryogène sur la végétation. Trois campagnes de mesures ont été réalisées entre 2001 et 2003 dans deux stations : Valloire en France et Antagnod en Italie. Dans chaque station, les chercheurs ont comparé l’état de la végétation sur les pistes enneigées ou non au Snomax. Quelques différences ont été mises en évidence : la végétation semble avoir plus de facilité à proliférer là où il y a eu du Snomax. N’oublions pas que le Snomax est principalement constitué de lysat bactérien, l’important apport en azote (contenu dans les acides aminés) peut expliquer cette observation. Cette fertilisation est tout de même assez faible et il n’est pas évident  qu’elle soit exclusivement induite par l’additif. En outre, le fait que le Snomax soit constitué du milieu de culture de P. syringae présage également un danger. L’eau utilisée pour la nivoculture provient très souvent de ruisseaux peuplés d’une myriade de micro-organismes. Ces microbes, potentiellement pathogènes (entérocoques fécaux, colibacilles…) trouvent avec le Snomax un milieu favorable à leur multiplication. Là se pose la problématique de l’apport en masse de micro-organismes vivants dans l’environnement, source de déséquilibre écologique.

Enfin, en 2004, Eric Féraille de la FRAPNA 74 (Fédération Rhône Alpes de Protection de la Nature) a évoqué un autre danger potentiel : le génome des bactéries est constitué d’un chromosome et de plasmides. Le chromosome bactérien est détruit par l’irradiation du Snomax en fin de production, ce qui n’est théoriquement pas le cas des plasmides, très stables. L’échange de matériel génétique entre bactérie et un phénomène naturel et très fréquent. Un plasmide, initialement contenu dans P. syringae se retrouvera dans la nature après sa sortie du canon et, au vu du nombre important de micro-organismes dans les sols, ces plasmides seront rapidement assimilés. Les plasmides sont à la base des résistances aux antibiotiques, on peut donc imaginer les conséquences si toute une catégorie de bactéries développe une résistance.

La FRAPNA va plus loin et émet une hypothèse surprenante : dans le cas où le gène INA serait porté par un plasmide, de nombreuses bactéries de l’environnement récupérons ce gène. Ce qui n’est pas sans danger pour les milieux naturels et l’agriculture car les gelées matinales s’en retrouveront favorisées.

En bref, le manque de puissance de l’étude du NIOSH ne permet pas d’apprécier la pathogenicité du Snomax et les études du CEMAGREF ne peuvent conclure sur les effets à long terme. Les hypothétiques risques mis en lumière par la FRAPNA doivent êtres vérifiés par des études complémentaires.
Le principal risque identifié à ce jour est matérialisé par le milieu nutritif qu’offre le Snomax. Là encore, pas de résultats significatifs sur les éventuels déséquilibres écologiques que représente la multiplication exponentielle de bactéries dans les sols.
En France comme en Europe, il n’existe pas de législation particulière relative à l’utilisation d’additif pour la fabrication de la neige. Certaines régions comme le Tyrol du Sud ou la province de Vorarlberg (Autriche) ont interdit le Snomax au nom de la protection des eaux. D’une manière générale, les stations restent très discrètes quant à l’utilisation d’additifs chimiques.

Il serait dommage que les domaines skiables se privent d’un outil permettant d’assurer leur survie économique. A lui seul, le Snomax représente bien notre société actuelle, déchirée entre productivisme et préservation de l’environnement.