Les étages de végétation observés en Islande et leur flore

Du fait de la haute latitude de l’Islande, les limites des étages de végétation décrits précédemment se trouvent décalées vers des altitudes plus basses. Ainsi au niveau de la mer, on  retrouve la limite supérieure de l’étage montagnard, soit plus de 1500 mètres plus bas qu’en Europe continentale. La succession des étages reste bien entendu la même, seule leur altitude est différente.
Vers 875-930 l’Islande était « boisée entre la côte et les montagnes ». A cause des moutons et d’une coupe sans ménagements, la plupart des bouleaux ont peu à peu été détruits, et il ne subsiste que broussailles. Du quart de l’île occupé autrefois par des forêts ne subsiste que quelques minuscules « forêts » éparses. Les plus grands bois se trouvent à Hallomstadur à l’est et à Vaglir au nord. Les seuls arbres de quelque importance sont les bouleaux Betula tortuosa ne dépassant pas 10 mètres. Ici et là on trouve le sorbier des oiseleurs (Sorbus aucuparia) et le saule à feuilles d’if (Salix phyliciflia). A certains endroits, la limite d’altitude de la végétation ligneuse atteint 350 à 600 mètres, mais se situe en moyenne entre 300 et 400.

Entre ces terrains secs l’on trouve souvent des marais et des landes couverts de carex, de roseaux et, très souvent, d’un tapis de linaigrettes. A certains endroits des plateaux du centre on trouve des marais à caractère de toundra. Dans les basses terres il y a aussi de grandes étendues de sable presque sans végétation. Des crêtes rocailleuses se dressent au-dessus des étendues de prairies de landes ou de marécages ; les plantes disséminées entre les pierres y sont très fréquentes. Un grand nombre d’espèces portant de jolies fleurs comme la dryade (Dryas octopetala), le thym sauvage (Thymus serpyllum), le silène acaule(Silene acaulis), l’oeillet de mer (Armeria maritima) et le céraste alpin (Cerastium alpinum) sont courantes ici.

  • Les plateaux centraux et les montagnes sont presque sans végétation au-dessus de 700 mètres. On n’y trouve que quelques spécimens dispersés d’espèces robustes alpino-arctiques. Les champs de lave récents sont également à peu près dépourvus de végétation. Sur les champs de lave plus anciens on trouve une végétation caractéristique, c’est-à-dire un tapis sans fin de mousses que l’on rencontre également dans les montagnes et sur les plateaux du centre. Ce tapis se compose de mousses Rhacomitrium lanuginosum et R. canescens, et il est presque dépourvu de plantes vasculaires. Avec le temps, le tapis de mousse est remplacé peu à peu par des arbrisseaux nains et, plus tard, par des bouleaux. Cette végétation des laves a connu un développement intéressant dans les régions de Budahraun et de Myvatn. Dans les champs de lave se trouvent toujours des ravins et des dépressions, où abondent les fougères, plantes herbacées et graminacées. Dans le Budahraun plus qu’ailleurs, les espèces de fougères dans les ravins sont belles et luxuriantes. La boue chaude autour des geysers assure à la végétation des conditions de développement excellentes et quelques espèces caractéristiques se trouvent exclusivement en de tels endroits en Islande, telles l’ophioglosse commun (Ophioglossum vulgatum), la persicaire (Polygonum persicaria), la véronique beccabonga (Veronica anagalisaquatice), l’immortelle des marais (Gnaphalium uliginosum) et le jonc articulé (Juncus articulatus).
  • Pour conclure

    Nous aurons donc abordé dans cette étude les origines volcaniques de l’île, de nature basaltique car c’est une zone émergée de la dorsale atlantique, ainsi que les différentes transformations subies par le magma, depuis son élaboration dans la chambre magmatique précédent l’éruption, l’affleurement et le refroidissement, jusqu’aux mécanismes d’érosions responsables des paysages que l’on peut aujourd’hui observer en Islande. Les reliefs ainsi formés, associés à la haute latitude de l’île, sont responsables d’un étagement particulier de la flore, en des étages montagnard, subalpin, alpin et nival. Les étages subalpin et alpin sont les derniers à conserver une présence de végétation à la période végétative courte, localisée dans quelques biotopes particuliers tels que les prairies et pelouses alpines ; brousses, mégaphorbaies et rhodoraies ; landes alpines ; combes à neige ;bords et plages des cours d’eau ; groupements rupicoles (moraines, éboulis, falaises, rochers nus). On trouve ainsi dans ces milieux de très nombreux lichens et mousses, végétations pionnières de milieux nouvellement créés, qui précèdent et préparent la colonisation de leur environnement par des plantes plus complexes et plus exigeantes que sont les plantes vasculaires. Bien que ne subsiste presque aucune des anciennes forêts de bouleaux islandaises, il reste toutefois quelques bouleaux épars et différentes variétés de saules et de sorbiers aux étages inférieurs. En-dessous de 700 mètres, les basses terres conservent une certaine biodiversité végétale qui disparaît à mesure que l’on s’élève en altitude et que l’on progresse dans l’intérieur du pays sur les plateaux centraux et dans les montagnes.

    Mais si cette nature est si sauvage et si préservée en Islande, elle n’en est toutefois pas moins fragile. En effet, tout dommage infligé à ces végétaux, qui souvent se battent pour survivre difficilement sous ce climat rude et sur ces sols encore inhospitaliers, est durable et réduit à néant tous les efforts et le temps dont aura eu besoin le végétal pour s’établir. Il est donc une autre composante essentielle à la biodiversité en Islande, que les islandais prennent très à cœur : le respect de la nature.