Projet imaginé par des étudiants pour sensibiliser le public

La gestion des ressources en eau est une problématique majeure et actuelle. En septembre 2008 s’est
tenu à Montpellier le 13ème Congrès mondial de l’eau, à dominante scientifique. Le message des
scientifiques est clair : prenons conscience de l’absolue nécessité d’améliorer la gestion des ressources
en eau douce, alors que la sécurité énergétique et alimentaire de certains pays en dépend.
Il existe une réalité : la population mondiale grandit, tandis que l’eau se raréfie. Le réchauffement
climatique en est une des causes, car en favorisant l’évaporation des fleuves et des rivières, il modifie
la quantité d’eau disponible et sa répartition ; et en modifiant le régime des précipitations, il accentue
les inégalités entre différentes régions du monde.
Nous sommes cinq étudiants, universitaires et ingénieurs, en biologie – biochimie et
agroalimentaire/agronomie – et en droit. Partant de ces constats, nous avons décidé de nous
intéresser à la gestion et à la qualité des ressources en eau douce du plus grand réservoir au
monde, le lac Baïkal en Sibérie, qui représente à lui seul 20% des réserves mondiales. Le lac
Baïkal est un symbole, et représente un cas d’étude essentiel du fait de son immense volume. Aussi,
les eaux du Baïkal ont pour principale source la Selenga, un fleuve possédé à 60% par la Mongolie et
40% par la Russie, ce qui rend nécessaire une gestion concertée de celui-ci. Nous sommes donc partis
un mois en Sibérie et en Mongolie, parcourant la Sibérie en train de Moscou à Irkoutsk, puis à vélo
jusqu’à Oulan Bator en Mongolie. Le vélo présente l’immense avantage de permettre un contact
direct, amical et confiant, avec les personnes rencontrées, souvent attirées par la curiosité …et c’est
aussi un moyen de transport écologique.
Irkoutsk, premières interviews et premières réponses
Irkoutsk est une ville russe typique où le trafic routier pollue considérablement (vétusté des véhicules).
C’est au muséum d’histoire naturelle que nous y avons réalisé notre première interview avec Vladimir
Khidekel, membre de l’association Great Baikal Trail. Son projet est de développer la région
économiquement à l’aide de l’écotourisme plutôt que par l’activité industrielle.
En effet, la pollution (industrielle ou touristique) pourrait mettre gravement en péril le lac
Baïkal lui-même, classé en 1996 par l’UNESCO au patrimoine mondial de l’humanité pour sa
richesse écologique. M. Khidekel nous a exposé les menaces qui pèsent sur les écosystèmes, compte
tenu de la pollution humaine d’origine industrielle, des ordures déversées sauvagement sur le pourtour
du lac, des rejets de la ville d’Oulan Oude sur les bords du principal affluent du lac, la Selenga.

Nous poursuivons avec l’interview des membres de l’association Baikal Environmental Wave qui
est l’une des principales et des plus anciennes structures qui agit pour la protection du lac. Créée
il y a quinze ans, elle s’est notamment fait connaître par son combat contre le projet de
construction d’un oléoduc par la société pétrolière nationale russe Transneft, qui devait longer le
sud du lac Baïkal.
Le lac Baïkal, profond de près de 1700m par endroits, est en réalité une immense faille tectonique et
montre une intense activité sismique. Le risque que le pipeline soit endommagé était donc probable.
Ceci aurait généré des conséquences catastrophiques pour le lac. Selon cette association ces menaces
prennent la forme de rejets d’eaux usées industrielles, de pollution atmosphérique, mais aussi de
dégâts liés au tourisme incontrôlé.
Le grand départ s’est fait à Irkoutsk, non sans appréhension, car nos vélos étaient très chargés et nous
ne savions pas s’ils résisteraient aux 1500km prévus.
Oulan Oude, dernière interview, l’heure du bilan
C’est ici que nous avons interviewé un géochimiste, au sujet des différentes mines à l’origine de rejets
de métaux lourds décelables dans le lac.
Puis nous sommes repartis en remontant la Selenga, en direction de la Mongolie…
Les relations entre la Russie et la Mongolie sont bonnes. Concernant l’eau, il existe des accords
sur le fleuve Selenga – à majorité mongole puisque 60% de son trajet se trouve en Mongolie –
afin de limiter la pollution et de gérer le partage des eaux.
En Russie, l’homme a un impact sur le lac via ses industries et ses rejets urbains mais la rigueur
du climat continental tend à préserver la ressource en eau. De plus, la taille exceptionnelle du lac
et la faible densité de population qui vit dans la région constituent une sécurité supplémentaire.
Notons ici que la consommation journalière des habitants est très inférieure à celle des Français. Il n’y
a pas d’eau courante dans les villages et les toilettes se limitent à une cabane au dessus d’une fosse.
Une ressource précieuse en Mongolie, l’eau
Après avoir passé la frontière mongole, la steppe nous est enfin apparue. Les rivières se sont faites
plus rares (notamment en raison de la sécheresse) et la gestion de notre propre réserve d’eau est
devenue plus compliquée.
Pourtant c’est en été que la pluviométrie est la plus importante du fait du climat continental. Il pleut
normalement presque tous les jours sous forme d’orage. Or en quinze jours, nous avons eu un seul jour
de pluie… Il est difficile de savoir si cette sécheresse est due au réchauffement climatique.
Le tourisme en Mongolie se développe peu à peu. Dans un parc national à côté d’Oulan Bator où
nous avons fait une boucle de 200 km, de nombreux « tourist camps » fleurissent dans une magnifique
vallée. L’eau y est également précieuse. En effet, chaque jour, ce sont des camions citernes qui
l’apportent aux différents camps.
De la nécessité de changer notre mode de consommation de l’eau
Cette aventure à vélo nous a permis de prendre du recul sur notre mode de consommation d’eau
dans nos pays développés. Nous pensons disposer d’une ressource inépuisable, en quantité
illimitée avec une qualité acquise. L’exemple de ces pays lointains nous a montré que la gestion
et la qualité des ressources en eau doivent être un sujet de préoccupation permanent, pas
seulement des politiques, mais de tout un chacun.